Chère Mademoiselle,
[…] De là-bas (Tientsin) m’arrivent des nouvelles pessimistes sur le mouvement intégriste, J’aurai la ressource de limiter mes « écrits » au domaine inattaquable des faits. Mais vous vous doutez bien qu’aucune force au monde n’arrivera à modifier la direction ni l’intensité de toute l’influence dont je suis capable. Demandons seulement au Seigneur de nous aider à garder cette attitude sans amertume en nous montrant que son action peut s’incarner jusque dans les les manœuvres les plus déplaisantes de certains esprits obtus ou pharisiens. Toute ma vie intérieure s’oriente et se confirme de plus en plus dans l’union à Dieu trouvé dans « toutes les forces intérieures et extérieures de ce Monde ». Mais, pour que cette attitude ait son efficacité, il ne faut rien exclure de ces forces : ni la mort, ni la « persécution » sur le domaine des idées. Tout est transformable en notre Seigneur, si nous croyons. Je vous ai déjà dit, peut-être, que la formule générale de la vie chrétienne avait pris pour moi cet énoncé : « Communier par la fidélité avec le Monde consacré par la foi ». Je crois que cette proposition est exhaustive, et inattaquable.
    
Vous savez quelle grande joie ce sera pour moi de vous retrouver dans quelques mois. Je regrette que l’affaire du Collège de France ne marche pas*. Mais laissez-vous mener par les événements, dès lors qu’ils sont plus forts que vous. Vous avez une grande influence sur beaucoup d’esprits autour de vous. Ne vous inquiétez pas de trouver cette action un peu dispersée, un peu discontinue. Il n’est pas essentiel que nous comprenions absolument, distinctement notre vie pour qu’elle soit belle et réussi. Souvent une existence est féconde par le côté qu’on serait porté à dédaigner. […]

* De cette affaire qui semble regarder Melle Zanta, il ne reste aucune trace. Peut-être s’agissait-il pour elle de donner quelques conférences au Collège de France.

Lettres à Léontine Zanta, Édition Desclée de Brouwer, 1965, p. 73

Extrait de correspondance proposé par Robert Bowman