32ème ACISE International Conference, 4-6 Avril

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Si l’écologie est la question du moment, elle concerne sérieusement l’Église catholique. À ce sujet, il paraît que, « pour sortir de la prédation actuelle des ressources et entrer dans la solidarité écologique, nous avons besoin de Teilhard[1] ». Voilà qui peut paraître surprenant. Teilhard de Chardin, jésuite-paléontologue ayant vécu entre 1881 et 1955, ne pouvait pas être concerné par l’écologie. Cela n’était pas du tout la préoccupation de son temps. Pourtant, il semblerait que son œuvre puisse être lue dans de nouvelles perspectives. Ne voit-on pas l’annonce de l’anthropocène, sans le nommer, dans ce passage du Phénomène humain ?

 «Âge de l’Industrie, âge du Pétrole, de l’Électricité et de l’Atome. Âge de la Machine. Âge des grandes collectivités et de la Science…  L’Avenir décidera du meilleur nom pour qualifier cette ère où nous entrons 2

 

On louait le progrès au cœur des « Trente glorieuses » ; on y voit aujourd’hui des « Trente ravageuses ». Comment peut-on, dans ce cas, écrire « nous avons besoin de Teilhard », le chantre du progrès ? Cette communication situe le phénomène dans sa profondeur historique, dans un exposé qui s’articule en trois temps.

 

Pierre Teilhard de Chardin d’abord, sa vie, ses écrits. Peut-on trouver chez lui un intérêt particulier pour la nature ? Quelles étaient ses lectures ? L’auteur de « la place de l’homme dans la nature » avait-il songé à une vision globale, universelle ? Nous étudierons ensuite la vague de teilhardisme qui déferle sur la France juste après la mort de Teilhard. L’œuvre est adoptée et aussi travestie. Ce sera une partie en creux pour laquelle nous lirons plutôt les contradicteurs, les lanceurs d’alerte, notamment les personnalistes de la revue Esprit. Et le teilhardisme soudain s’efface, non pas par la force des critiques ou des sanctions, mais parce qu’il cesse d’être contesté. Enfin, le troisième temps arrive de manière surprenante, au tournant du XXe au XXIe siècle. La pensée de Teilhard, américanisée par Thomas Berry, est de retour. Berry lui donne l’impulsion écologique qui pose la question de l’existence d’un néo-teilhardisme.

 

Au terme de cet exposé, Teilhard de Chardin devrait pouvoir être dissocié des vagues successives de teilhardisme. Le lecteur peut ainsi aborder l’œuvre sans se laisser distraire par les travestissements successifs dont elle souffre et se demander si une nouvelle lecture peut apporter l’espoir dont le siècle a besoin et contribuer à mieux s’engager dans le monde dans une vision universelle.

1 Fabien Revol, Penser l’écologie dans la tradition catholique, Paris, Labor et Fides, 2018, p. 268.

[2] Pierre Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain, Paris, Seuil, 1955, p. 237.

KUL, Lublin, Poland